Projet ‘MAUBEC’

L’enjeu de ce projet est de sauvegarder le patrimoine d’une magnanerie-filature située à Maubec (Vaucluse) : les actuels propriétaires ont souhaité la rénover pour en faire un domaine viticole agrotouristique. Ils ont de ce fait contacté les historiens d’Avignon pour obtenir leur expertise en vue de la mise en valeur des archives et des lieux. Boris Deschanel, spécialiste de l’histoire économique des XVIIIe-XIXe siècles, a coordonné l’équipe qui leur a répondu : elle réunit autour de lui Benjamin Landais, doué d’une solide expertise sur les cadastres anciens, Bruno Bertherat, qui a par ailleurs animé le projet sur les graffitis (voir autre onglet de ce site), et Natalie Petiteau, qui a publié et dirigé des travaux sur la proto-industrie.

Ce projet s’inscrit en effet dans la continuité de tous les travaux menés autrefois par le département d’histoire dans le cadre d’une collaboration avec l’ASPPIV (Association pour la Promotion et la Sauvegarde du Patrimoine Industriel en Vaucluse), laquelle avait donné lieu à de nombreux mémoires de maîtrise puis de MASTER qui soulignaient l’importance du passé proto-industriel du département, grâce à la soie, aux ocres, aux mines, à l’industrie agro-alimentaire, etc.

Ces travaux relevaient eux-mêmes de l’histoire de la proto-industrie développée à partir des années 1970 par Franklin Mendels puis, dans le cas français, par Louis Bergeron. Dès les premières études de cas, on a cessé de lire l’histoire industrielle de l’Europe au seul prisme de la grande industrie et d’une hypothétique « révolution industrielle ». On l’écrit désormais en prenant en compte les fabrications rurales destinées à des marchés extérieurs à la région. Cette histoire a besoin de s’enrichir de l’étude de petits ateliers ruraux comme la magnanerie de Maubec.

L’intérêt de porter attention à l’histoire de cette petite entreprise est de compléter notre connaissance du tissu industriel du Vaucluse : en dépit du rôle essentiel de l’industrie de la soie au XIXe siècle en Vaucluse, les historiens n’ont pas eu l’occasion d’étudier de près l’une de ses unités, faute d’archives d’entreprise. Comptabilités et correspondances doivent aider à comprendre les stratégies commerciales, les choix économiques et techniques, ou encore les politiques salariales. Elles doivent aussi permettre d’observer le positionnement de l’entreprise dans la société du territoire.

Le dernier volet de ce projet s’inscrit dans le cadre des politiques mises en place à partir des années 2000 en lien avec les projets de la DATAR et la volonté de valoriser le bâti rural et agricole par des investissements dans les techniques de restauration. Il s’agira ainsi de répondre à l’attention continuellement portée depuis par le public au patrimoine rural et aux témoignages de la vie rurale d’autrefois.

La méthode est donc fondée sur l’exploitation des archives privées mises à disposition par les propriétaires, lesquelles seront complétées par les ressources nombreuses des archives publiques : cadastres, actes d’état civil, archives de l’enregistrement, actes notariés, etc. Le programme de relevés photographiques des lieux est d’ores et déjà achevé grâce au photographe Damien Nadal (plus de 320 clichés), la numérisation des archives est en cours grâce à un étudiant de Master, Yanis Eychenne.

Iconographie

Vue extérieure de l’ancienne magnanerie

Vue intérieure : les claies pour la culture des cocons sont parfaitement conservées

Il y reste même quelques cocons…

Les canaux d’amenée des eaux en sous-sol sont également en bon état

A l’extérieur, les bacs de dévidage révèlent l’importance de la filature

Bibliographie

Le patrimoine industriel dans tous ses états : un hommage à Louis Bergeron, Chambéry, Université Savoie-Mont Blanc, 2019, 463 p.

Annie Antoine, Benjamin Landais [dir.], Cartographier le parcellaire rural dans l’Europe d’Ancien Régime, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2023, 525 p.

Giorgetta Bonfiglio-Dosio, Les archives d’entreprise et les sources pour l’histoire du patrimoine industriel, CLEUP, 2020, 164 p.

Claude-Isabelle Brelot, Jean-Luc Mayaud, L’industrie en sabots. La taillanderie de Nans-sous-Sainte-Anne. Les conquêtes d’une ferme atelier au XIXe siècle, Paris, Garnier, 1982, 277 p.

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Boris Deschanel, Commerce et révolution : les négociants dauphinois entre l’Europe et les Antilles, années 1770-années 1820, Fontaine, Presses Universitaires de Grenoble, 2018, 454 p.

Alain Dewerpe, L’Industrie aux champs : essai sur la proto-industrialisation en Italie du Nord, 1800-1880, Rome, École française de Rome, 1985, 543 p.

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